3 façons que l’AFE t’appauvris

Revenu protégé insuffisant.

Tu travailles fort pendant l’été parce que tu veux te permettre de te concentrer sur tes études pendant la session? Cela semble être la stratégie optimale, surtout quand ta faculté n’offre pas de cours pendant l’été. Sauf qu’il faut faire attention à ne pas trop gagner et dépasser le seuil optimal de revenu protégé, sans quoi le montant des prêts et bourses est affecté. En ce moment, le maximum du revenu protégé est d’environ $1 764 par mois où tu n’es pas aux études (environ 4 mois pour les études à temps plein). Avec le salaire minimum à 16,50$/h, 40 heures/semaine, on fait 2640$, dépassant ce montant très rapidement. Si tu trouves un emploi d’été dont le salaire est subventionné par le gouvernement ou un stage en industrie, le maximum est atteint encore plus rapidement.
 
Le coût de la vie ne diminue pas simplement parce que c’est l’été; il faut toujours payer le loyer et la nourriture. Tu dois souvent payer plus cher le transport, car tu habites près de l’université mais ton lieu de travail est plus éloigné. Parfois, tu dois déménager pour le travail tout en continuant à payer ton appartement, ce qui te fait payer deux loyers. Si tu veux contribuer à ton CELI, changer de voiture ou économiser pour la recherche d’emploi après avoir gradué, tu devras peut-être te trouver des emplois en dessous de la table pour que tes revenus déclarés ne dépassent pas le maximum protégé.

Coût de la vie sous-estimé

Pour les étudiant·e·s à temps plein, le gouvernement estime qu’environ 11 000 $ à 13 000 $ sont nécessaires par année pour logement, nourriture, transport, habillement, loisirs. Le montant exact dépend de la région et de la situation familiale, mais cela représente en moyenne 1 000$ par mois. En réalité, le gouvernement sous-estime d’entre 141$ à 857$ les dépenses mensuelles des étudiant·e·s.

L’Observatoire québécois des inégalités rapporte que les étudiants dépensent en moyenne entre 646$ et 717$ par mois en logement. En y ajoutant seulement les dépenses pour l’alimentation, le tout rapporté à une moyenne de 430$ à 460$, on dépasse déjà le 1000$ mensuel, sans même considérer les dépenses en transport, santé, vêtements, divertissement, etc. Au total, tous ces frais s’élèvent à plus de 2 000 $. Il n’est pas exagéré de dire que les personnes qui décident des montants alloués pour subvenir aux frais de subsistance sont déconnectées de la réalité des étudiant·e·s d’aujourd’hui.

L’endettement

Être étudiant·e c’est être précaire, c’est un fait établi depuis longtemps. Mais au moins, ce n’est que temporaire… Ou est-ce vraiment le cas ? Obtenir son diplôme rime souvent avec le remboursement de ses prêts étudiants. Autrement dit, faire face à son endettement! Pour certain·ne·s, s’iels parviennent à obtenir leur diplôme à temps, cette dette peut être remise de 15%, mais ce n’est pas le cas pour tout le monde. De nombreuses raisons peuvent expliquer un retard dans la réalisation des études : changement de programme en cours de route, urgences familiales ou problèmes de santé obligeant à prendre un semestre de congé, à étudier à temps partiel ou à effectuer des stages non crédités. Les exigences de l’AFE ne tiennent pas compte du fait que la vie est pleine d’imprévus.

Comme nous l’avons constaté, les prêts et bourses du gouvernement ne suffisent pas, ce qui pousse de nombreuses personnes à se tourner vers les prêts privés auprès des banques. C’est un compromis : tu bénéficies de meilleures conditions en tant qu’étudiant·e, mais d’un prêt plus important à rembourser et de taux d’intérêt plus élevés.

Il n’y a aucun doute que nous sommes en récession. Non seulement l’économie ne s’est pas encore complètement remise de la pandémie de 2020, mais la bulle de l’IA a fait s’effondrer de nombreux secteurs, de la production cinématographique à l’informatique. (Vous souvenez-vous de l’époque où l’on disait à tout le monde qu’il fallait se lancer dans l’informatique, car c’était le métier du futur et que trouver un emploi était garanti dès l’obtention du diplôme ?)

Tu dispose de six mois après l’obtention de ton diplôme pour commencer à rembourser tes prêts étudiants. Si tu ne trouves pas d’emploi après ce délai et que tu es dans l’incapacité de rembourser ton prêt, non seulement ta dette s’aggrave, mais ta cote de crédit en est également affectée. J’ai plusieurs ami·es qui, après avoir obtenu leur licence, ont dû travailler dans des supermarchés ou occuper des emplois de bureau sans aucun rapport avec leurs études pour rembourser des prêts étudiants contractés pour un diplôme qu’iels n’utilisaient même pas. Il a également été démontré par les inscriptions aux universités québécoises après 2008, qu’en période de récession, les gens ont tendance à reprendre leurs études pour changer de domaine ou se spécialiser davantage, ce qui les amène à s’endetter encore plus !