
Ces temps-ci tout augmente : nos loyers, le prix de notre bouffe, nos frais de scolarité, et j’en passe. Et ce qui augmente pour tout le monde a un impact exponentiel pour certain·e·s, qui sont déjà dans des positions vulnérables. Le capitalisme et le gouverment délaissent délibérément des groupes de personnes et font comme si elles n’existaient pas pour mieux les exploiter. Ce texte a pour but de mettre de l’avant la réalité de diverses personnes, qui sont souvent oubliées, afin de ne pas les oublier à notre tour lors de nos luttes étudiantes.
Aujourd’hui, choisir de faire des études post-secondaires, c’est choisir de devenir précaire. Selon une étude faite par l’École de Travail Social de l’UQÀM en 2025, 44% des personnes répondantes ont indiqué vivre une situation financière précaire1. C’est une situation totalement aberrante. Et malgré ça, les « solutions » du gouvernement comme l’Aide Financière aux Études (AFE) ne s’adaptent pas aux nouveaux besoins, en plus de ne pas dépenser tout l’argent prévu afin d’aider la population étudiante2.
En plus de vivre dans une précarité causée par nous études, nous vivons présentement dans une société qui ne fait que cumuler les multiples oppressions. Que ce soit en parlant de racisme systémique, de patriarcat, d’homophobie ou de fascisme, tout ne fait que s’empirer, et pour les personnes qui subissent les conséquences de différentes oppressions, c’est encore pire.
Au « Canada », en 2020, la très grande majorité des groupes racisés avaient un taux de pauvreté beaucoup plus élevé que les personnes blanches3. Face au racisme systémique vécu dans différentes institutions québécoises et à la discrimination lors de la recherche d’emploi ou de logement, les personnes racisées vivent des situations financières beaucoup plus difficiles. Au « Québec », iels sont donc beaucoup plus à risque de devoir avoir un emploi durant leurs études post-secondaires pour palier le fait qu’iels vivent souvent dans des quartiers où la moyenne de revenu est plus basse que le reste de la province4. En plus, ces personnes risquent de subir différentes formes de discrimination durant leurs études. Les personnes étudiantes racisées sont donc plus à risque de vivre des difficultés, entre autres financières, liées à leur situation de personne étudiante, mais aussi parce qu’elles subissent les diverses oppressions de systèmes racistes.
De leur côté, les jeunes de la communauté LGBTQIA2+ sont aussi beaucoup plus à risque de vivre des situations précaires. En 2019, près de 30% des jeunes en situation d’itinérance s’identifiaient à cette communauté5. Iels sont plus à risque de de vivre des situations précarisantes comme : se faire expulser de chez ses parents suite à un coming-out, se faire discriminer dans divers milieux ou se faire profiler par la police6. Ces personnes se retrouvent donc souvent à devoir partir plus tôt en appartement, et avec le coût des loyers, iels devront utiliser une grande partie de leurs revenus dans le loyer7. Durant leurs études, un poids financier considérable se rajoute donc sur leurs épaules, en plus de toutes les situations liées à l’homophobie qu’iels sont à risque de vivre.
Finalement, les personnes qui vivent dans une situation de pauvreté sont aussi aux prises avec plusieurs enjeux, dont l’accès à l’éducation post-secondaire. En effet, durant l’année 2023-2024, il y avait un écart de diplomation de 24,9% entre les élèves venant de milieux défavorisés et favorisés8. Le système d’éducation du « Québec » est un système à trois vitesses qui vient catégoriser les « bons » et les « mauvais » élèves, mais surtout ceux qui ont les moyens financiers et ceux qui ne l’ont pas. L’accès à une meilleure éducation est donc réservé aux personnes qui en ont les moyens. La statistique le montre: le statut socio-économique d’une personne a un impact sur ses chances d’avoir un diplôme. Et avec un gouvernement qui continue d’augmenter les frais de scolarité, le cégep et l’université deviennent de moins en moins accessibles aux étudiant·e·s qui proviennent de milieux moins favorisés.
En prenant en compte les différentes oppressions vécues, qui peuvent s’accumuler, on se rend compte que le fait d’être étudiant·e affecte beaucoup plus les personnes qui vivent déjà des situations précaires. Évidemment, toutes les formes d’oppressions qui existent n’ont pas pu être abordées dans l’article, mais ça ne veut pas dire qu’elles sont moins importantes ou qu’elles ont moins de répercussions.
Dans le cadre d’une campagne contre un gouvernement qui met en place des mesures austères et contre un système qui favorise les riches, il est donc primordial de ne jamais oublier que certaines personnes vivent des situations précarisantes différentes des nôtres. Lutter pour un système d’éducation accessible, c’est aussi lutter contre toutes formes d’oppressions et pour un accès à l’éducation pour les personnes les plus précaires. L’austérité du gouvernement rajoute un énorme poids aux plus vulnérables, alors que ce sont celleux qui ne payent pas leur part qui devraient payer, les riches et les grosses compagnies. Une lutte qui n’est pas intersectionnelle finira par reproduire ce que le gouvernement fait : opprimer les minorités. Alors luttons ensemble pour une éducation qui permet une réelle égalité des chances et qui reconnaît les différentes adversités rencontrées par les personnes les plus précaires. Allons dans la rue pour montrer notre mécontentement le 27 mars prochain et montrons au gouvernement ce que la solidarité étudiante peut faire.
[1] https://travailsocial.uqam.ca/wp-content/uploads/sites/57/2025/06/Precarite_financiere_ETS_UQAM.pdf
[2] https://www.ledevoir.com/actualites/education/811249/education-pres-demi-milliard-inutilise-aide-financiere-etudes-six-ans
[3] https://www150.statcan.gc.ca/n1/fr/pub/36-28-0001/2023008/article/00002-fra.pdf?st=bEb4f5x_
[4] https://journals.sfu.ca/cje/index.php/cje-rce/article/view/5027/2949
[5] https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/l-itinerance-au-canada#Jeunes
[6] https://conseil-lgbt.ca/wp-content/uploads/2024/02/FITI1_Identifier-des-facteurs-de-precarite-domiciliaire-ou-ditinerance.pdf
[7] https://conseil-lgbt.ca/wp-content/uploads/2024/02/FITI2_Reconnaitre-litinerance-cachee.pdf
[8] https://statistique.quebec.ca/fr/produit/publication/indicateurs-progres-ecart-diplomation