Austérité, armée — Allez donc chier !

Dans un monde de semi guerre froide constante, l’armée des pays les plus riches devient essentiellement une milice publique spécialisée dans l’exploitation des pays pauvres. La dissuasion nucléaire empêche toute guerre entre pays occidentaux depuis 1946. La question se pose alors : pourquoi est-ce encore pertinent de financer l’armée canadienne? 

Non mais je vous jure que l’armée c’est important…

L’armée est le résultat d’un mélange entre la tendance humaine au conflit pour des raisons égoïstes et la tendance à s’organiser en grand groupe. Pratiquement, cela veut dire que l’armée a toujours été un outil de domination. Que ce soit pour voler des terres, des ressources, des vies ou des esprits, l’armée est une organisation qui a pour but explicite de soumettre momentanément l’autre pour lui extorquer ce que l’on souhaite obtenir. Cela étant dit, il est assez communément admis que l’armée reste nécessaire pour se défendre. Après tout, sans force militaire, on risque l’envahissement… non?

L’armée ne sert plus à se défendre

En tant que membre de l’Organisation du Traité de l’Atlantique-Nord (OTAN) et du Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord (NORAD), le soi-disant Canada est protégé par plusieurs accords qui confèrent donc au « pays » une forme de dissuasion nucléaire. De plus, à cause de sa position géographique, peu de pays peuvent vraiment attaquer le territoire sur terre en tête à tête : seulement les États-Unis d’Amérique et la Russie ont cet avantage, pays chez lesquels on peut difficilement imaginer une collaboration dans un but hostile au « Canada ». Cela étant dit, des pays comme le Costa Rica arrivent à exister sans armée nationale, on pourrait envisager des solutions comme des forces armées décentralisées, par province ou région par exemple.

Mais, alors, on aide des pays qui en ont besoin, non?

Je peux comprendre pourquoi certain.e.s pourraient se dire qu’après tout, le soi-disant Canada aide quand même des pays pauvres qui pourraient avoir du mal à se défendre, et que cela contribue peut-être à réduire le nombre de guerres dans le monde. Cela étant dit, je rejette cette idée qui nous vient directement du restant impérialiste et colonial du soi-disant Canada. L’idée qu’il est bon que le « Canada », « pays » supposément supérieur, prenne comme mandat d’aider les pauvres petits pays qui n’arrivent pas à se défendre, c’est la définition de l’impérialisme et du « fardeau de l’homme blanc ». C’est dans la foulée des grandes conquêtes coloniales que sont apparues ces idées, utilisées depuis cette époque pour justifier la domination violente d’autres humains. « Le fardeau de l’homme blanc » est un poème publié en 1899 qui appelait les grands pays européens à aller, par exemple, « veiller sous un lourd harnais, sur un peuple folâtre et sauvage … ». Si la lecture de ce poème vous rappelle quelque chose, c’est normal, puisque la rhétorique qu’il propose est encore utilisée à ce jour par plusieurs pays pour justifier une ingérence militaire et une domination économique néo-coloniale. Je vous invite donc à vous méfier de ce type d’arguments.

D’où vient donc l’argent?

Que ce soit pour financer 81.8 milliards supplémentaires pour l’armée sur 5 ans (soit 16.36 milliards par an) ou pour couper la taxe sur les maisons inutilisées, Carney est bien obligé de sortir l’argent de quelque part. Évidemment, ce n’est pas chez celleux qui ont de l’argent à donner que nous allons chercher ce dont on a besoin. La seule mention d’une taxe sur les produits de luxe, par exemple, est une proposition d’enlever la taxe sur les avions et bateaux de luxe. Bien qu’on aurait aimé voir une taxe sur les plus grandes fortunes, c’est, entre autres, chez les étudiant.e.s qu’on va couper. En effet, sous prétexte que le programme Canada Student Grant for Full-time Students (un programme ayant pour but initial d’assister celleux qui sont aux études à temps plein avec des besoins financiers) serait trop facilement abusable, le gouvernement propose de réduire le nombre d’étudiant.e.s qui pourrait y accéder, sauvant ainsi un gros milliard de dollars. De plus, le projet de budget propose également de réduire l’immigration. Le but : n’admettre que 380 000 résident.e.s permanent.e.s par an au lieu de 395 000 et 385 000 résident.e.s temporaires au lieu de 673 650. Tout ça en augmentant le pourcentage d’immigrant.e.s économiques de 59% à 64%! Preuve de la volonté claire du gouvernement : le pluralisme et la culture ne sont plus des priorités, ce qui compte, même dans l’immigration, c’est l’argent. Ce ne sont que quelques exemples parmi tant d’autres qui démontrent que, même au niveau fédéral, l’austérité est prête à détruire nos vies et nos rêves.

Et nous dans tout ça?

On ne peut plus se laisser faire! Le peuple a été mentalement pris en otage par un gouvernement qui, petit à petit, montre son désintérêt envers celleux qu’il est supposé servir. Évidemment, ça fait peur de se battre. Les lois répressives sont faites exactement pour ça : punir celleux qui risquent d’avoir un vrai impact sur le monde et faire des militant.e.s des exemples en espérant que le reste ait trop peur d’agir. Il est important maintenant de comprendre que, par le nombre, nous sommes invincibles. Chaque action, de la discussion politique à la désobéissance civile, peut faire une énorme différence.