L’austérité frappe le cégep Saint-Laurent de plein fouet

Cours de soir obligatoires; précarisation des employé·e·s par des contrats temporaires; interdiction d’embaucher du nouveau personnel; nouveau pavillon excentré à 30 minutes de marche du pavillon principal pour la formation générale : l’espace de vie se fragmente et la communauté du cégep se désagrège sous la pression insidieuse des mesures d’austérité. Bien présente, l’austérité porte un coup dur à l’enseignement supérieur au soi-disant Québec.

Le cégep Saint-Laurent s’écroule. Non seulement la qualité de l’éducation qui y est donnée se détériore en raison des coupures, mais le bâtiment B du campus est littéralement à risque de s’effondrer. Après que des problèmes de structure ont été découverts durant le temps des fêtes 2023, le bâtiment B a été fermé et rendu inaccessible pendant l’hiver 2024. Jess Corneau, exécutant à la mobilisation au Syndicat des Employés de Soutien du Cégep de Saint-Laurent (SESCSL) s’attend à 10 ans pour un retour à la normale, selon les informations reçues de l’administration du cégep.

Que de grands travaux s’imposent dans un réseau des cégeps vieux de plus de 50 ans, ça ne surprend personne. Ce qui cause mécontentement, c’est que la direction du cégep avait effectué des démarches pour entamer des rénovations majeures auprès du gouvernement, mais que le financement a été refusé par celui-ci, parce que la situation n’a pas été jugée assez urgente.

Une avalanches de coupes

L’austérité de François Legault n’a pas seulement fragilisé le bâtiment du cégep, mais également les services aux étudiant·e·s et les conditions de travail des employé·e·s. La réduction de 151 M$ dans le budget de fonctionnement des cégeps ainsi que le gel d’embauche de nouveaux employé·e·s pour l’année 2025 est une façon détournée de couper dans les postes à temps plein. Certains employé·e·s des services adaptés renouvellent leurs contrats « temporaires » à temps partiels depuis 2 ans, parfois même 4 ans. De plus, certain·e·s employé·e·s sont maintenant très isolé.es des autres dans le nouveau pavillon K, éloigné du campus principal. Le plafond des heures rémunérées imposé par le ministère de l’enseignement supérieur aurait lui aussi causé une charge de travail supplémentaire chez les employé⸱e⸱s de soutien.

Jess Corneau indique que tous ces facteurs entraînent un roulement « gigantesque » du personnel de soutien, tellement les conditions de travail sont mauvaises. Il indique que ça diminue la qualité des services aux étudiant·e·s. Il prédit que ces coupes menaceront un jour les emplois étudiants à temps partiel, les budgets de bibliothèques, et éventuellement les autres emplois non-permanents.

Alors que la population étudiante augmente continuellement dans tout le réseau collégial alors que le nombre d’employé·e·s de soutien reste le même, le SESCSL remarque une surcharge chez ses membres. Si le gouvernement continue de s’entêter à appliquer les mesures d’austérité, sans plan d’augmenter le personnel pour relâcher cette surcharge et accueillir l’augmentation prévue d’étudiant·e·s, le syndicat s’inquiète qu’il ne sera plus possible pour les jeunes de s’inscrire au cégep, car ceux-ci seront trop pleins pour accueillir la demande

Sur le plancher, le SESCSL critique la gestion de la fermeture du pavillon B par l’administration du cégep. L’administration n’aurait pas suffisamment priorisé le rapprochement géographique dans le choix du pavillon temporaire.

Le gouvernement se défend

En entrevue avec Radio-Canada le 18 août 2025, l’ancienne ministre de l’enseignement supérieur Pascale Déry avait affirmé que les cégeps avaient des surplus budgétaires dans lesquels puiser, et qu’il n’y aurait donc pas de coupures de services. Le SESCSL réplique que ces « surplus » sont en réalité de “soldes de fonds”, servant entre autres de coussin d’urgence, et qu’ils sont nécessaires dans plusieurs cégeps, particulièrement le cégep Saint-Laurent, ayant des infrastructures en détérioration. 

La direction du cégep Saint-Laurent a dû puiser dans ces soldes de fonds cette année pour limiter la diminution des services, mais ce ne sera plus possible l’an prochain, les fonds étant largement épuisés.

Du côté des étudiant·e·s, l’AECSL a débuté une mobilisation contre les mesures d’austérité du gouvernement provincial lors de deux journées de grève le 3 avril 2025 et le 7 novembre 2025. Iels dénonçaient le « manque flagrant de financement dans les établissements d’enseignement publics » et la fermeture du pavillon B pendant une session complète découlant de ce sous-financement.

Le SESCSL, quant à lui, a participé à la campagne Faire Front de la Confédération des Syndicats Nationaux (CSN), ayant culminé en une manifestation de plus de 50 000 personnes le 29 novembre dernier. « Le cégep Saint-Laurent est devenu le symbole de la mauvaise gestion du gouvernement » s’indigne Jess Corneau, exécutant à la mobilisation au SESCSL. Afin de lutter contre cette mauvaise gestion, le SESCSL a aussi mis sur pied une campagne locale s’appelant Sauvons nos jobs, nos services, notre cégep, dans laquelle iels revendiquent:

  1. un maintien des emplois actuels;
  2. rendre permanents les emplois temporaires, à temps plein quand c’est possible;
  3. un réinvestissement des heures coupées, suivie d’une allocation supplémentaire pour l’embauche du personnel pour faire face au défi de l’éclatement du campus et l’entretien du bâtiment.