Toujours pas de salarisation des stages au programme « philosophie au collégial »

Par le comité mobilisation de l’Association des Étudiantes et Étudiants en Philosophie de l’Université de Montréal (ADÉPUM)

À 9h30, le 13 mai 2026, le département de philosophie de l’Université de Montréal rencontra un contingent de quatre étudiantes et étudiants en philosophie. Trois d’entre elleux étaient membres du Comité Exécutif de l’Association des Étudiantes et étudiants en Philosophie de l’Université de Montréal (ADÉPUM) et de son Comité de mobilisation, dont deux stagiaires. La rencontre avait pour but de discuter de l’enjeu de la salarisation des stages obligatoires pour le programme Philosophie au collégial, pour lequel l’ADÉPUM a déclenché une grève de deux semaines, du 23 mars au 3 avril 2026.

Le contingent a communiqué au département que, selon lui, ces stages constituent une forme d’exploitation qu’il s’agit de rectifier le plus tôt possible. Cela créerait non seulement un programme plus attrayant, et attirerait ainsi plus de personnes étudiantes au programme Philosophie au collégial, mais, surtout, rendrait la crise actuelle du coût de la vie un peu moins insoutenable pour les personnes étudiantes tenues de fournir une prestation d’enseignement non-rémunérée. Le contingent affirma donc que les stagiaires fournissent un enseignement digne de rémunération et proposa une réforme de la structure des contrats qui régissent les stages. Il a émis deux propositions de refonte du contrat régissant les stages : la première consistait en une salarisation des stages en fonction des salaires offerts, dans le cadre de contrats de travail avec l’Université de Montréal. Cette proposition fut rejetée en principe, puisque, selon le département, l’enseignement fourni dans le contexte d’un stage n’est pas un travail en tant que tel, mais une « tâche » évaluée dans le cadre d’une formation. Face à ce refus, le contingent proposa en second lieu une division équitable du montant octroyé aux professeurs de CÉGEPs et les stagiaires, soit 1180$. Cette proposition, elle aussi, fut rejetée. On mobilisa une fois de plus le même argument : selon le département, il n’y a tout simplement pas lieu de salarisation. Les stages de la Faculté des Arts et des Sciences de l’Université de Montréal ne sont pas payés par l’Université, et aucune réforme ne s’annonce à cet égard.

Nous sommes foncièrement en désaccord avec ce raisonnement. Nous demandions une reconnaissance de la valeur du travail effectué par nos membres, et en guise de réponse, on nous cite une distinction juridique qui ne correspond aucunement à la réalité vécue des stagiaires. Il y a bien entendu une évaluation, mais ce que font les stagiaires constitue bel et bien un travail, pas une simple « tâche » évaluée. On ne peut pas simplement ranger les stagiaires sous un différent régime juridique et s’attendre à ce que l’exploitation y soit tout d’un coup permise. 

Au moins huit heures d’enseignement sont exigées pour que le stage soit complété. Or, plusieurs personnes étudiantes ont communiqué à l’ADÉPUM qu’elles ont enseigné plus d’heures dans le cadre de leur contrat d’enseignement — parfois, on demande jusqu’à 24 heures aux stagiaires, peu importe ce que stipule leur contrat. Ces heures d’enseignement doivent être préparées rigoureusement par les personnes étudiantes afin d’assurer une prestation adéquate, c’est-à-dire une formation appropriée pour les prochaines et prochains philosophes du Québec. Il est attendu que les stagiaires se rendent disponibles pour discuter avec la personne enseignante qui leur est assignée des modalités de l’enseignement fourni, soit-ce pour corriger le tir ou pour faire état des prochaines démarches à une étape donnée du cheminement pédagogique. En outre, des évaluations doivent être préparées et corrigées par les stagiaires dans le cadre de leur enseignement. Un investissement significatif de temps est attendu de la part des stagiaires, et il n’y a aucune manière de savoir préalablement combien d’heures il faudra soutirer à ses études, à son travail et à ses tâches ménagères afin de mener à bien son stage. Une rémunération reconnaîtrait la valeur inhérente du travail des stagiaires ; que cette demande soit à ce point inconcevable au département nous communique qu’elle n’est pas prise au sérieux, ce qui, selon nous, est insultant et condescendant de sa part.

Il faudrait par ailleurs noter que les stages en philosophie ne sont que la pointe de l’iceberg quant à l’enjeu actuel. Nos camarades en travail social, par exemple, sur le même campus montréalais sont parfois tenus de compléter des stages d’une année entière, à temps plein. Actuellement, les personnes étudiantes doivent subir une précarité prononcée afin de pouvoir, elles l’espèrent, obtenir par la suite une certaine compensation sur le marché du travail. Il s’agit, selon nous, d’exploitation — d’extraction coercitive d’une main d’œuvre à bon marché. Un tel ordre des choses ne peut pas tenir : toustes doivent se nourrir, se loger et subvenir à leurs besoins. Il y a une continuité entre les luttes de toustes les stagiaires, une continuité que nous ferons assurément valoir l’année prochaine.

Quoique le département reconnaisse l’injustice des conditions économiques actuelles, il n’est pas prêt à offrir une compensation aux personnes étudiantes obligées de compléter un stage. Plutôt, il a dirigé le contingent vers des bourses à l’intention des personnes étudiantes complétant des stages et des subventions provinciales pour lesquelles les cégeps doivent verser des fonds en amont. Selon nous, il s’agit à peine de pansements face à l’injustice ressentie concrètement par nos membres. Les demandes de bourses exigent un investissement de temps en plus de celui qui est déjà consacré aux études et à la satisfaction de leurs besoins de base. Si les personnes étudiantes peinent aujourd’hui à subvenir à leurs besoins, ce n’est pas puisqu’elles n’ont pas pensé aux demandes de bourses, mais puisque ces dernières, même lorsqu’obtenues, ne suffisent point. Il en va de même pour les CÉGEPs, qui subissent l’austérité du gouvernement depuis des décennies. Comment peut-on s’attendre à ce qu’ils aient les fonds nécessaires à verser en amont de l’arrivée de stagiaires, alors que leurs bâtiments s’écroulent carrément devant leurs yeux ?

Nous sommes déçus par ce bilan. Mais nous nous réconfortons à l’idée qu’il ne s’agit que d’un début. Soyez en certains, la lutte continue, chères et chers camarades. Vivement la salarisation des stages ! Vivement l’abolition des frais de scolarité ! Vivement l’émancipation de toute la société !