Par l’équipe de la CRUES
Notre système d’enseignement post-secondaire souffre d’un sous-financement chronique. Sous la pression de contraintes budgétaires persistantes, le gouvernement et les administrations locales tournent les coins ronds. Cela accentue les tensions déjà existantes entre les intérêts des personnes étudiantes et la vision gouvernementale d’un système d’éducation « efficace ». Un lieu d’étude qui cherche à produire le plus grand nombre de diplômé·e·s prêt·e·s à intégrer le marché du travail pour le moins d’investissement possible, c’est un lieu qui est hostile à toute personne qui ne correspond pas au modèle de l’étudiant·e idéal·e ou qui souhaite simplement vivre ses études de façon agréable. L’éducation cesse alors d’être un lieu de partage des connaissances et développement personnel et collectif pour devenir un espace où l’on presse la jeunesse dans le moule de travailleureuses idéaux·ale·s. Face à cette réalité, il est crucial, comme personnes étudiantes, de se battre et de revendiquer un refinancement de l’enseignement postsecondaire, puisqu’il s’agit d’une condition nécessaire à une éducation qui nous considère comme plus que de simples chiffres dans un tableau.
Réinvestir en infrastructure
Les bâtiments dans lesquels nous étudions sont dans un état déplorable. Les exemples les plus clairs sont ceux des Cégeps où les bâtiments s’écroulent littéralement. C’est en ce moment le cas au Cégep Saint-Laurent à Tiohtià:ke (Montréal), où, en raison de sa condition, un pavillon entier est fermé, forçant les personnes étudiantes à se déplacer hors du campus dans un pavillon loué temporairement afin de suivre leurs cours.
Mais encore, plusieurs lieux d’études manquent de salles de classe, poussant les administrations à mettre de plus en plus de personnes étudiantes par cours, détériorant les conditions d’études. Une autre tactique couramment utilisée par les administrations consiste à « élargir les plages horaires d’enseignement », c’est-à-dire imposer des cours du soir. Cette solution se fait toutefois au détriment des personnes étudiantes, contraintes de suivre des cours à des moments moins propices à la concentration et à l’intégration de la matière. Elle peut également mener à des journées de 12 heures de cours, en plus de créer des horaires difficiles à concilier avec un emploi.
Par ailleurs, l’état des bâtiments affecte aussi les espaces communs hors des salles de cours. Les espaces de socialisation, d’études, d’activités parascolaires et les locaux d’associations étudiantes sont les premiers coupés. Nombreux sont les Cégeps et universités où il est impossible de trouver un endroit où s’asseoir pour manger, étudier ou discuter. Rien besoin d’autre qu’une cafétéria blanche, hors de prix et pleine de néons dans leur parfaite usine à diplômes. Nos établissements scolaires devraient être des milieux de vie et de politisation plutôt que des centres commerciaux qui maximisent la consommation.
Réinvestir dans le personnel
Le manque de financement affecte aussi la quantité de personnel disponible. La diminution du nombre d’employé.es de soutien fragilise encore plus la mise en place d’accommodements déjà insuffisants, notamment pour l’accompagnement des personnes étudiantes avec un plan d’intervention. Alors que l’accès aux ressources en santé mentale était déjà difficile, le manque accru de personnel en soutien psychosocial sur les campus rend cet accès encore plus illusoire.
La pénurie d’employé·es s’étend également aux personnes qui assurent le fonctionnement quotidien de nos établissements d’enseignement, des employé·e·s de bureau aux concierges et appariteur·rices. En plus d’affecter leurs conditions de travail, ce manque de main d’œuvre affecte directement la qualité des services offerts : les réparations prennent du temps, les dossiers administratifs progressent moins rapidement, et moins de personnes sont disponibles pour répondre aux besoins des étudiant·e·s.
Réinvestir dans des logements étudiants
Alors que la crise du logement persiste, le manque de ressources pour les résidences étudiantes constitue un enjeu important. D’un côté, les résidences existantes sont souvent dans un état déplorable, en plus de ne pas être réellement abordables pour ce qu’elles offrent, comme une chambre partagée avec quelqu’un d’autre pour 800$ par mois. D’un autre côté, beaucoup d’établissements n’ont pas assez de résidence ou n’en n’ont simplement pas du tout. C’est un problème majeur considérant les prix du marché locatif, mais également pour des raisons de proximité au lieu d’étude. En effet, particulièrement en région, l’absence d’accès à des résidences étudiantes oblige souvent les personnes étudiantes à habiter loin de leur lieu d’étude, augmentant ainsi leurs dépenses liées au transport et leur temps de déplacement quotidien. L’accès aux résidences est donc une question financière, mais aussi de qualité de vie, car c’est souvent une des seules manières d’habiter à proximité de son lieu d’étude. La création et le maintien de résidences étudiantes réellement publiques, abordables et salubres est donc crucial pour de bonnes conditions d’études, et ce constat demande un réinvestissement.
Réinvestir pour notre éducation
Nous ne pouvons pas continuer de tolérer une situation aussi déplorable dans notre système d’éducation. Des bâtiments qui s’écroulent, des services restreints par un manque de personnels, des classes qui débordent, un manque d’offre de logement, ce n’est pas ce à quoi devrait ressembler un système d’éducation inclusif et ouvert à toustes. L’éducation est le fondement d’une société saine, et en ce moment, on ne peut que constater les répercussions de ce système brisé et mis de côté. Revendiquons un système accessible pour toustes et arrêtons d’accepter moins que le strict minimum.