L’aide financière aux études: la pauvreté étudiante n’est pas une fatalité

Par l’équipe de la CRUES

1. Une augmentation des frais de subsistance

L’AFE a comme objectif de couvrir les frais fixes, qui sont ponctuels durant l’année scolaire, comme le paiement des frais de scolarité, ainsi que les frais de subsistance, qui sont les dépenses de vie régulières, comme le loyer, la nourriture, le transport, etc. Le calcul de l’AFE considère actuellement que les frais de subsistance d’une personne étudiante ne vivant pas chez ses parents s’élèvent à 1416$, montant qui est clairement absurde pour toute personne qui va à l’épicerie, ou qui a cherché un logement dans la dernière année. On en arrive à un programme d’AFE qui ne joue pas son rôle fondamental, celui de permettre d’étudier dans des conditions décentes.

La mesure du panier de consommation (MPC) à Montréal en 2025 était de 2155$ par mois. Pour l’atteindre, une personne étudiante doit donc travailler pour faire 739$ par mois, mais, comme l’AFE déduit 50% des revenus d’emplois de l’argent qu’elle donne, il faut en réalité travailler pour 1478$ de revenu. Au salaire minimum, cela représente 89 h de travail par mois, ou environ 20h par semaine. Si on y ajoute une charge d’étude à temps plein, cela force les personnes étudiantes à faire des semaines de 60h pour pouvoir atteindre des revenus égaux à la mesure du panier de consommation. C’est un rythme invivable qui nous force à choisir entre l’épuisement ou avoir de la difficulté à se loger et se nourrir. Pour pouvoir étudier dans des conditions dignes, il faut donc augmenter les frais de subsistance de l’AFE.

2. Une abolition de la contribution parentale

Selon le revenu des parents, une personne étudiante qui est considéré financièrement dépendante de ses parents peut recevoir moins d’argent de l’AFE. Dès que ses parents font de manière combinée un revenu de plus de 75 000$, l’AFE s’attend à ce qu’iels contribuent financièrement aux études de leurs enfants, et le montant de cette supposée contribution est retiré de l’argent reçu de l’AFE. Cette contribution n’est pas toujours faite par les parents, et, lorsqu’elle est faite, elle peut s’accompagner de conditions que les parents imposent sur leurs enfants, par exemple sur leur domaine d’étude.

Le but de ce mécanisme est de s’assurer que les mieux nanti·e·s fassent leur part pour financer l’éducation de leurs enfants, mais la contribution parentale met le poids sur les personnes étudiantes d’aller chercher cette contribution auprès de leurs parents. Nous devrions plutôt taxer les mieux nanti·e·s pour financer une AFE suffisante pour toustes. Ainsi, les riches paieraient leur part et toutes les personnes étudiantes recevraient l’entièreté de l’aide dont elles ont besoin.

3. L’élimination de la période limite d’admissibilité

Tel qu’elle existe maintenant, l’AFE ne permet de supporter une personne étudiante que durant un diplôme de chaque type. C’est-à-dire qu’une personne n’est admissible à l’AFE au baccalauréat que pour la durée typique d’un baccalauréat. Cette courte période d’admissibilité implique de ne pas avoir accès à l’AFE pour une partie significative des études pour celleux qui n’ont pas un parcours académique « standard ». Par exemple, les personnes qui décident de changer de parcours durant leur bac, ou qui décident de revenir faire un bac après en avoir acquis un premier plutôt dans leur vie, peuvent facilement dépasser la période 30 mois d’admissibilité à vie pour le baccalauréat. Pour que notre système d’éducation offre la liberté de choisir ce qu’on veut faire de notre vie, il doit aussi permettre la liberté de changer de direction sans se faire couper l’aide financière. L’idée qu’à 19 ans, on doit être prêt à choisir sa carrière est absurde. 

4. Un accès pour les personnes venant d’en-dehors du « Québec »

L’AFE n’est accessible qu’aux personnes citoyennes ou résidentes permanentes. Toute autre personne n’a pas accès à l’aide financière, en plus de payer des frais de scolarité exorbitants. Depuis la réforme du financement des universités de 2018, la volonté gouvernementale de mettre le poids du financement du système universitaire sur le dos des étudiants a été tournée vers ces personnes. Venir étudier au « Québec » est donc actuellement accessible seulement pour les personnes déjà bien nanties. Au contraire de la classe politique actuelle, qui semble prendre toutes les opportunités possibles pour blâmer l’immigration, nous croyons fermement que l’immigration est un bien social important. Les personnes qui viennent étudier hors de la province ne devraient pas être reçues comme une source de revenus pour nos universités, mais comme des personnes participant à part entière à notre système d’éducation. Elles doivent donc avoir accès à une forme d’aide financière durant leurs études.

Ces 4 gains sont nécessaires pour que l’AFE s’approche de ce qu’elle devrait faire, c’est-à-dire permettre de choisir ce que l’on veut étudier, d’étudier sans être précaire, et ce, pour toustes qui veulent étudier au « Québec ».