Un témoignage d’Ariane Bertrand étudiant.e en maîtrise en études littéraires à l’UQAM, et membre du comité formation de la CRUES.
Du 23 au 27 mars 2026, l’Association des Étudiantes et Étudiants en Sciences de l’Éducation (ADEESE), l’Association Facultaire étudiante de science politique et droit (AFESPED), l’Association Facultaire Étudiante des Sciences Humaines (AFESH) et l’Association Facultaire Étudiante des Arts (AFÉA), c’est-à-dire quatre associations étudiantes facultaires sur sept de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), ont pris part à la semaine de grève contre l’austérité organisée par la Coalition de Résistance pour l’Unité Étudiante Syndicale (CRUES). Dès le troisième jour de cette grève qui devait être reconductible si nos revendications locales n’étaient pas entendues, un message du recteur Stéphane Pallage nous informe de notre victoire. Les nouveaux frais de scolarité qui devaient toucher les diplômes de recherche de cycles supérieurs ont été annulés et celleux qui les ont payés seront remboursé‧es.
Pendant cette période, j’occupais le poste de responsable à la mobilisation et l’information de (AFÉA) ce qui m’a permis d’avoir un point de vue très « interne » de l’effort d’organisation et de mobilisation de cette grève.
Les nouveaux frais ont été complètement annulés et remboursés, c’est une victoire. Cependant, c’est difficile de gagner de façon satisfaisante. La facilité d’une victoire le troisième jour de grève signifierait, pour certain‧es d’entre nous, qu’il devait y avoir un avantage pour l’administration de nous accorder la fin de ces frais. Les hypothèses qui circulaient durant les retours sur le succès de la grève nommaient de nombreuses raisons extérieures à la grève en elle-même pour justifier les gains obtenus. Bien entendu, le contexte d’une grève influence son succès, mais quand nous attribuons une victoire à des causes strictement hors de notre contrôle, c’est démotivant. Je propose ici d’explorer nos propres théories pour en tirer des actions que nous pourrions prendre pour la suite de la lutte contre l’austérité. Par exemple, une idée courante est que comme l’Association étudiante à l’École des Sciences de la Gestion (AéESG), une association étudiante qui représente de nombreuses personnes étudiantes, mais qui ne grève pas souvent, voulait tenir une assemblée générale de grève pour rejoindre la grève si elle était reconduite, l’administration aurait pris peur et cédé à nos demandes. Cela voudrait dire que les efforts de mobilisation massive auprès de la population étudiante ont fonctionné. Rester en contact avec la plus grande portion de la population étudiante possible nous semblait déjà être une nécessité et c’est rassurant de voir que cet effort pourrait permettre d’obtenir des gains. Sinon, certain·es militant·es pensent que le recteur n’aurait en fait jamais eu l’intention d’augmenter les frais de scolarité et la grève lui aurait donné un levier de négociation avec le gouvernement pour demander plus de subventions . De mon côté, je n’y crois pas. La réponse étudiante forte contre une augmentation qui aurait touché certaines sessions de certains diplômes était surprenante pour tout le monde. Sans cette réaction, il y aurait eu une hausse. Toutefois, je trouvais ce sentiment intéressant parce qu’il est probable que la lutte étudiante soit utilisée par les administrations pour faire pression sur les gouvernements. Ce n’est pas agréable de se sentir utilisé‧es, mais notre objectif est de faire pression sur les gouvernements austères et si notre administration essaie d’obtenir des gains plutôt que d’écraser la grève, c’est déjà une petite victoire. Finalement, d’autres avaient l’impression que la hausse était plutôt une idée du recteur et que d’autres personnes de l’administration étaient en désaccord avec celle-ci. Je pense que cette dernière hypothèse est la plus dangereuse stratégiquement puisqu’elle pourrait nous convaincre de négocier avec l’administration plutôt que de profiter du momentum combatif que nous avons réussi à créer. S’il y avait des différences d’opinions au sein de l’administration, ce n’est le plus important, puisque nous avons réussi à faire reculer l’ensemble de l’appareil administratif sur la hausse. Nous pouvons toutefois continuer à informer le plus d’individus possibles dans l’administration pour les empêcher de feindre l’ignorance de nos revendications pour bien paraître auprès des étudiant‧es.
Ce n’est pas un hasard s’il est difficile de se convaincre que la grève a mené directement au recul sur la hausse des frais. C’est une stratégie de l’administration. Non seulement le recteur n’a jamais mentionné la grève lors de ses communications sur la hausse, mais il n’a pas discuté avec le comité de négociation, nous donnant l’impression de gagner sans nous. Il faut se rappeler que la hausse de frais de scolarité contre laquelle nous militions a été annulée. Même si nous pouvons nous attendre à ce que le recteur tente de trouver d’autres façons pour augmenter la facture des étudiant‧es, cette victoire aura permis de garder beaucoup d’argent dans les poches d’étudiant‧es qui auraient payé entre 914,80 $ et 1830 $ de plus pour leur diplôme. Il faudra maintenant utiliser cette victoire pour continuer à lutter.