Par des étudiant·e·s fâché·e·s
« Une agression contre un agent de police est une agression contre nous tous, en tant que société, contre nos valeurs et contre notre mode de vie. » Cette citation de Myron Demkiw, chef du Service de police de Toronto, arrive en réaction à la mort d’un officier de police lors d’une perquisition de domicile le 11 juin 2026 à Toronto. On pourrait trouver naturel de condamner le meurtre, mais ce n’est pas la seule chose que ce chef de la police déclare. En cadrant la mort d’un policier comme une « agression contre nous tous », le fonctionnaire érige une barrière entre le tireur et « les autres ».
Cette citation, censée nous alarmer face à la mort d’un policier, ne fait que trahir la vision du monde des sois-disantes « forces de l’ordre ». Pour elleux, il y a deux types de personnes ; celleux qui s’intègrent à la société, qui se soumettent aux valeurs et aux ordres qu’on leur impose, et les autres, celleux qui osent remettre en question l’ordre établi, les fauteur·trice·s de trouble, les monstres. C’est cette vision qui est problématique. Cette conception de l’humanité, qui conditionne notre droit de vivre à notre obéissance aux règles, est le symptôme d’un État fondé sur l’idée même de la domination, un État dont il faut se défaire.
Afin de comprendre pourquoi une « attaque sur le mode de vie et la société » est nécessaire, il est important de comprendre comment elle est construite.
- L’État est oppression
L’État peut être défini comme l’entité qui crée des lois pour assujettir un peuple sur un territoire donné, à un moment donné, en asseyant ses lois et son autorité par son monopole de la violence légitime.
Cela signifie que, sur un territoire délimité (par exemple le soi-disant « québec »), il existe une seule entité qui peut moralement exercer la violence puisque c’est cette même entité qui détermine ce qu’est un usage « moral » ou « raisonnable » de la violence. Seul l’État a le droit de mettre des gens en prison, puisque si vous ou moi enlevions la liberté à un·e autre humain·e ce serait tout simplement de la séquestration. Seul l’État a le droit de réclamer de quelqu’un·e son argent ou sa propriété, puisque si vous ou moi prenions l’argent des autres ce serait tout simplement du vol. Seul l’État a le droit d’employer sa milice pour violenter d’autres personnes, puisque si vous ou moi menacions d’autres personnes avec des armes à feu, du gaz lacrymogène ou des matraques, nous serions des criminel·le·s dangereux·ses (là où les policier·ère·s sont des héros·ines).
La différence n’est pas dans la capacité d’exercer la violence mais dans sa légitimité. Puisque c’est l’État qui fait et applique les lois, lois qui ont pour but d’avoir une certaine qualité morale, on juge les actions de l’État par ses propres critères. L’État a toujours raison sur l’utilisation de la violence, car il définit ce qu’est « avoir raison » en la matière. Même dans des cas comme l’autodéfense, nous ne possédons le droit de nous protéger que grâce à la bonté de l’État, et ce même droit à l’autodéfense peut devenir flou quand on est, par exemple, une personne racisée qui se fait scalper par des policier·ère·s du poste 39 de Montréal.
En somme, puisque l’État est défini entre autres par son monopole de la violence légitime, il se sépare des autres institutions sociales par sa capacité suprême à opprimer le peuple et à nous plier à sa volonté par la force. Cette violence étant exercée principalement par les armes et par les bras autorisé à les porter : la police.
- La police est répression
Il existe une rumeur tenace au sein de notre société; le but de la police serait de garder en sécurité la population. En associant l’ordre et la sécurité, l’État a réussi à changer notre définition de la sécurité. Sous le règne de l’État, on se sent en sécurité quand on sait que les autres ont trop peur des conséquences pour désobéir aux lois. Ce concept est complètement dystopique. La police doit créer chez nous une peur des autres pour justifier son existence. L’État justifie l’importance de monopoliser la violence avec l’idée fausse que les gens sont égoïstes et qu’il faut donc avoir peur des autres humain·e·s. Au lieu de créer une société basée sur la coopération, la confiance et la bienveillance, la présence même de l’État (qui doit toujours s’assurer de rester légitime aux yeux de la population) pousse celleux en situation de pouvoir à garder la population dans la peur de ses voisin.e.s.
On objectera ici que les personnes mauvaises existent. On dira que, État ou pas, il existe des psychopathes qui volent, tuent, violent et prennent plaisir à faire souffrir les autres. Cette critique est mauvaise, car elle ignore les raisons derrière les agissements qu’elle érige en épouvantails. Les crimes de propriété comme le vol existent parce que nous évoluons dans une société capitaliste où notre valeur et notre qualité de vie sont directement reliées au capital, à l’argent, qu’on est capable d’amasser. Les vols sont majoritairement pour la subsistance et les vols par cupidité sont directement encouragés par le système capitaliste. Les meurtres sont, là encore, bien souvent des actes d’envie et de jalousie causés par la glorification des possessions matérielles sous le système capitaliste. D’autre part, les meurtres de haine s’expliquent, comme les viols, par le fait qu’une structure sociétale basée autour d’un État qui est construit sur la domination encourage la domination interpersonnelle, une structure sociale basée autour d’un État qui redéfinit constamment nos droits et donc notre humanité détruit progressivement la considération et le sens qu’on donne aux droits et à l’humanité de celleux qui nous entoure. Il faut se défaire de l’idée selon laquelle la violence est aléatoire et naturelle, et plutôt réaliser que la violence est systématique et idéologique. Ne pensez-vous pas que si nous n’associons pas la justice à la punition, l’ordre à la répression et le vivre-ensemble à la domination, nous aurions significativement moins de viols et de meurtres? Pour le dernier cas des sadiques, il est clair que ce ne sont pas des gens à punir mais à accompagner. Les personnes qui naissent avec des débalancements hormonaux ne peuvent pas être abandonnées dans des prisons à vie car iels ne respectent pas les normes sociales. L’idée même qu’il faut les punir pour comment iels sont né·e·s au lieu de les accompagner relève du suprémacisme neuro-normatif (idéologie selon laquelle certaines structures neuronales «typiques » seraient supérieures aux structures « atypiques »).
- La solution est destruction
La police est un rappel constant et matériel des chaînes invisibles que l’État nous attache au cou. Le contrat social que l’on signe dès la naissance sans consentement ni lecture complète devrait-il légitimer le fait que certain·e·s aient le droit de nous tirer dessus?
Il devient évident de par les éléments apportés au sein de ce texte que la police est une idée absurde qui brime nos droits les plus fondamentaux et ainsi notre humanité même! La seule solution est la destruction. La destruction d’un symptôme de la violence de l’État : le système policier. La destruction de toustes celleux dont le désir premier restera l’exploitation et la domination. La destruction de l’État et de tous les autres systèmes de domination qui permettent à certain·e·s d’avoir plus de droit que d’autres et, ainsi, d’être plus humain·e·s que d’autres.
Ce n’est qu’après avoir rasé de nos vies ces parasites que nous pourrons commencer à construire des sociétés nouvelles basées sur la libre association, la coopération, la responsabilité collective et la communauté. Il en revient à chacun·e d’entre nous de résister, de s’organiser, de faire preuve de créativité face à l’usine à esclaves qu’est et que sera toujours l’État.