Payer ou ne pas payer : telle est la question

  COURRIER DU LECTORAT  

Par des étudiant·e·s fâché·e·s (soumission anonyme)

Un débat qui persiste dans le milieu militant étudiant est celui de la rémunération des praesidiums d’assemblées générales. Il est temps de regarder la vérité en face : cette pratique est à proscrire. Voici une réponse aux arguments et questions courantes sur la question.

«Le praesiquoi?»

En partant du principe que votre association étudiante se base sur une organisation horizontale, vous avez sûrement déjà vu des praesidiums dans votre vie. Le praesidium, c’est un groupe de personnes élu⸱e⸱s à une assemblée générale (AG) qui vont assurer les tâches facilitantes/bureaucratiques de l’AG (prendre des notes, expliquer les procédures, gérer les tours de paroles, etc…). Souvent, pour assurer une impartialité, des personnes non-membres de l’association étudiante en question seront sélectionnées, ce qui amène le premier argument en faveur de la rémunération.

«Ce sont des gens de l’externe que nous faisons venir juste pour ça, iels méritent d’être payées.»

Cette vision de la chose est problématique car elle implique que tout travail qui ne bénéficie pas directement à la personne qui le fait mérite rémunération. Le problème est le suivant : comment justifier le fait de ne travailler que pour son propre gain alors que les étudiant.e.s travaillent sur une lutte qui ne les concerne pas directement? Est ce que les Palestinien.e.s devraient être seul⸱e⸱s à se soucier du génocide en cours à Gaza? Devrions-nous ignorer ce qu’il se passe au Soudan si nous n’y vivons pas? Est-il légitime de fermer les yeux sur ce qu’il se passe aux États-Unis avec les déportations massives menées par ICE si nous ne vivons pas au pays, ou si nous ne sommes pas ciblé⸱e⸱s par ce terrorisme d’État? Personne n’oserait avancer cette ligne, alors pourquoi suggérer que le praesidium ne devrait pas ressentir le devoir d’aider une association étudiante à fonctionner et à se battre sous prétexte qu’iel n’en fait pas partie? Il est incohérent de se battre pour des luttes qui ne nous concernent pas tout en soutenant que le praesidium mérite d’être payé.e simplement car iel vient de l’externe. Cette prise de position n’est tout simplement pas cohérente.

«Qu’on le veuille ou non, il faut de l’argent pour vivre…»

On avancera souvent que les praesidiums, quelles que soient leurs intentions, ont besoin d’argent pour vivre et donc, si on veut qu’iels aient le temps de venir faire ce travail pour nous, il faut les rémunérer. Même en admettant qu’il soit souhaitable que des gens fassent de leur carrière l’animation (nous y reviendrons), nous pouvons nous demander si c’est réellement la responsabilité du mouvement étudiant que de subvenir à leurs besoins. Bien sûr, nous pouvons dire qu’il faut faire preuve d’empathie et de compassion envers des camarades qui sont dans le besoin ou qui peuvent avoir des difficultés à se trouver un emploi fixe pour des raisons hors de leur contrôle par exemple. Cependant, là où je n’ai aucun mal avec l’idée de l’empathie, j’ai du mal avec l’idée de personnes externes qui viennent quémander et s’immiscer dans le mouvement étudiant alors que leur jeunesse est passée. Dans un monde idéal, nous n’aurions pas de praesidium externe et ces gens qui viennent travailler pour les étudiant·e·s devraient se sentir honoré⸱e⸱s de pouvoir le faire gratuitement et de continuer à participer à ce magnifique environnement qu’est le mouvement étudiant. 

Certes, comme dit plus tôt, le mouvement étudiant ne se limite pas nécessairement aux étudiante⸱s. Cela étant dit, si l’on veut qu’une association ait comme mission d’aider les personnes dans le besoin qui ne font plus partie de la communauté étudiante, il existe de bien meilleures manières de le faire. De plus, si on voulait le faire par la voie très inefficace du praesidium rémunéré, il faudrait que cette volonté soit transparente lorsque présentée aux membres et, comme tout choix de campagne, qu’elle soit remise en question fréquemment. Finalement, il faudrait que les praesidiums soient choisi⸱e⸱s avec la volonté explicite de prendre des gens dans le besoin, pas simplement des ami⸱e⸱s de membres de l’exécutif ou de leur permanences.

J’ajouterais à tout cela que, même dans un monde où cet argument deviendrait cohérent, il faudrait encore se poser une autre question : quelles seront les conséquences sur les étudiant⸱e⸱s? Est-ce que nous devrions prendre le risque de donner l’impression qu’il faut avoir des compétences inaccessibles, voire une formation pour atteindre cette nouvelle classe du mouvement militant?

Diagnostic final

La rémunération du praesidium se justifie elle-même et n’est justifiée que par elle-même. C’est une pratique qui vole l’argent des collectifs pour les envoyer aux ami⸱e⸱s des exécutif⸱ve⸱s et des permanences à l’externe et qui s’enracine si profondément dans les organisations que personne n’ose les remettre en question ou s’essayer à la tâche. En bref, la rémunération du praesidium est un cancer pour les associations étudiantes et doit être arrachée du mouvement étudiant dès que possible.