Militarisation, impérialisme et austérité

La Palestine, et Gaza en particulier, est aujourd’hui l’un des principaux laboratoires de l’impérialisme militaro-capitaliste mondial. Les offensives répétées menées contre la population palestinienne ne relèvent pas seulement d’un projet colonial, mais s’inscrivent au cœur d’une économie de guerre structurée par le capitalisme global.
Le génocide toujours en cours à Gaza, malgré le soit-disant décret d’un « cessez-le-feu » qu’on n’a pas vu se concrétiser, sert de terrain d’expérimentation pour les systèmes d’armement, de surveillance, de contrôle et de ciblage algorithmique testé·e·s sur des corps palestiniens placés hors de la protection juridique de l’ordre impérial. Ces technologies sont ensuite commercialisées comme étant « éprouvées au combat », et servent à poursuivre la destruction d’autres peuples à travers le monde.
Ce modèle s’inscrit dans une structure impériale dominée par les États-Unis, les plus grands exportateurs d’armes au monde1.
Le Canada, maillon de l’impérialisme états-unien
Le Canada n’est pas extérieur à cette structure. Bien qu’il se présente comme un acteur « responsable » et « régulé » du commerce des armes, il est étroitement intégré au complexe militaro-industriel états-unien.
Aucun permis n’est nécessaire pour les exportations canadiennes de matériel militaire vers les États-Unis, ce matériel étant ensuite utilisé ou réexporté par ceux-ci. Le Canada est donc un maillon logistique, industriel et financier de l’impérialisme militaire états-unien, tout en maintenant une distance politique qui lui permet d’en nier la responsabilité directe.
Une industrie globale, des racines locales
Des géants de l’armement comme Lockheed Martin, General Dynamics2 ou L3Harris ont des usines au Québec et bénéficient de fonds publics via la Caisse de dépôt et placement du Québec. En effet, celle-ci investit plus de 3 milliards de dollars dans le secteur militaire3.
Jusqu’à tout récemment, ces institutions étaient toutefois soumises à des règles qui limitaient leur capacité à investir dans le domaine militaire. Ces balises ont été levées à l’été 2025 par le gouvernement Legault, qui a fait de ce secteur une priorité économique.
Investissement Québec a changé ses règles pour financer des entreprises d’armement avec des fonds publics. Cette redéfinition de sa mission normalise l’implication directe du Québec dans l’économie de guerre sous couvert de développement économique4.
Ces investissements sont présentés comme nécessaires. Or, cette justification repose sur deux contradictions. D’une part, les États-Unis constituent une menace géopolitique à la souveraineté canadienne, mais sont les premiers bénéficiaires de nos investissements militaires. D’autre part, en fournissant des armes au marché états-unien, le Québec contribue matériellement aux guerres d’agression menées par Washington, dont la récente attaque contre l’Iran, qui prend de plus en plus d’ampleur dans différentes parties du « Moyen-Orient ».
Du Canada à Gaza… et ICE
Des entreprises canadiennes contribuent à de graves violations des droits humains, tant à l’international qu’à l’intérieur des frontières états-uniennes. Le Canada a en effet effectué des centaines d’envois d’armes et de matériel militaire à l’Entité génocidaire, « Israël», depuis octobre 2023, participant de manière active au massacre des Palestinien·ne·s. Ces cargaisons étaient principalement destinées à la plus grande entreprise d’armement israélienne, Elbit Systems et ses filiales, une compagnie qui a une présence significative au Québec et au Canada5.
Héroux-Devtek, basée à Longueuil, fournit des trains d’atterrissage pour les F-35 utilisés par Israël contre Gaza et par les États-Unis dans leurs interventions militaires à travers le monde.
En Ontario, l’entreprise Roshel fournit des véhicules blindés à l’agence fédérale états-unienne Immigration and Customs Enforcement (ICE) pour des opérations de contrôle frontalier et des arrestations illégales de personnes immigrantes.
Militarisation et austérité : un même choix politique
Cette orientation militariste s’accompagne d’un virage austéritaire assumé. Le budget fédéral de l’automne 2025 augmente les dépenses militaires6 pour atteindre 150 milliards de dollars d’ici 2035, soit environ 16 % du budget.
Pour financer cette hausse, le gouvernement prévoit des compressions de 15 % dans les services sociaux. Pendant que les dépenses militaires explosent, les investissements pour le logement social, la lutte contre l’insécurité alimentaire et le transport collectif reculent.
Cette austérité constitue le corollaire direct de la militarisation. Chaque dollar investi dans l’armement est un dollar soustrait aux besoins essentiels.
Refuser d’être complices
Le génocide en cours en Palestine, la militarisation des frontières états-uniennes et l’effritement du filet social au Canada relèvent d’un même projet politique, fondé sur la sécurisation, la répression et la guerre, plutôt que sur la justice sociale et la solidarité.
Refuser la militarisation, c’est refuser que nos fonds publics produisent des technologies de mort et que la Palestine serve de laboratoire de l’impérialisme occidental. C’est aussi refuser que l’austérité soit présentée comme une fatalité.
La solidarité avec la Palestine est donc indissociable de la lutte contre l’austérité, le colonialisme et l’impérialisme ici et partout dans le monde. Il s’agit d’un seul et même combat : celui de la dignité et la justice, contre une économie politique de la guerre qui sacrifie les peuples, ici comme ailleurs, et survit grâce à la mort qu’elle sème.
- https://caat.org.uk/data/countries/united-states/us-arms-exports/ ↩︎
- https://www.cjpme.org/pr_2025_03_28_artillery_propellants ↩︎
- https://urgencepalestine.quebec/wp-content/uploads/2025/04/analyse_rapport_cdpq_2024.pdf ↩︎
- https://www.ledevoir.com/opinion/editoriaux/918888/editorial-quebec-industrie-defense-nerf-guerre ↩︎
- https://armsembargonow.ca/rapport/ ↩︎
- https://iris-recherche.qc.ca/blogue/etat-finances-publiques-et-secteur-public/hausse-depenses-militaires/ ↩︎