Des assemblées générales à la grève, de la colère à l’espoir et des luttes aux victoires

Le cynisme est devenu l’une des plus grandes forces politiques de notre époque. On nous répète souvent que rien ne changera et, à force de l’entendre, on finit presque par y croire. Devant un monde traversé par des crises économiques, politiques et écologiques, où les guerres impérialistes se multiplient et se normalisent, dans un contexte de précarité grandissante où la surveillance et la répression des mouvements contestataires s’intensifient, où chaque tentative d’organisation doit composer avec des mécanismes institutionnels conçus davantage pour les contenir que pour y répondre, il devient facile de voir la lutte collective comme naïve, voire vaine et céder au découragement.

Sur nos campus, cette réalité se fait sentir. Les mobilisations étudiantes sont difficiles à construire et à maintenir. Les forces s’épuisent, les structures peinent à se pérenniser et le mouvement étudiant a parfois du mal à établir un rapport de force capable d’arracher des gains réels. 

Si le cynisme prospère, c’est aussi parce qu’on nous répète sans cesse que les seules solutions possibles sont individuelles, qu’il faut travailler plus, s’endetter davantage, être plus « stratégique » dans ses choix personnels. Pendant ce temps, le gouvernement poursuit son projet de privatisation et continue de s’attaquer, morceau par morceau, au filet social. Les différents gouvernements se succèdent et rejettent la faute ailleurs, accumulant les projets de loi antisyndicaux, anti-immigrants, racistes, transphobes, antiféministes et liberticides. 

Mais, ce cynisme est un piège. Il est primordial de ne pas céder au découragement et de croire en l’organisation collective, aussi difficile et lente qu’elle puisse paraître. Aussi imparfaite et conflictuelle qu’elle est, l’organisation collective brise la logique comme quoi chacun est responsable de sa propre situation : aucune stratégie individuelle ne pourra répondre à des problèmes structurels. La lutte collective permet de rendre les coups, de prendre nos vies en main et d’améliorer notre condition. 

Historiquement, le mouvement étudiant a été un espace d’organisation capable de bloquer, de perturber et d’imposer un rapport de force. La grève étudiante est un outil politique, elle débloque du temps, ouvre un espace de débat, de confrontation et de mobilisation. Et cette histoire se poursuit. Le mouvement étudiant, notamment à travers la CRUES, reprend peu à peu sa place par la mise en commun de nos forces et nos savoirs, l’organisation de moyens de pression combatifs et la construction d’une force politique étudiante d’envergure. 

Le dernier congrès de la CRUES a d’ailleurs marqué un moment de convergence entre les associations membres autour de revendications claires :  défendre une éducation libre, accessible et de qualité en exigeant un refinancement massif de l’éducation post-secondaire et une réforme de l’aide financière aux études. Face à l’inaction du gouvernement, ces revendications s’inscrivent désormais dans une stratégie plus large de mobilisation portée par la CRUES et ses associations membres. Si le gouvernement ne change pas rapidement de cap, l’escalade des moyens de pression, allant jusqu’à la grève générale illimitée, est à l’ordre du jour, car nous refuserons de négocier notre appauvrissement.

Cependant, la lutte contre l’austérité et la précarité ne se limite ni aux instances de la CRUES ni à la condition étudiante, elle touche l’ensemble des sphères de notre société. Depuis plusieurs années, les gouvernements réduisent le financement des institutions publiques, transfèrent les coûts vers les individus et encouragent la logique marchande dans des secteurs autrefois pensés comme des biens collectifs. Dans les cégeps et les universités, cela se traduit entre autres par la hausse des frais de scolarité, la détérioration des conditions d’études et la multiplication des emplois précaires sur les campus. Ailleurs, notamment dans le réseau de la santé, ces politiques prennent la forme de compressions budgétaires, de surcharge de travail pour le personnel et d’un accès toujours plus difficile aux soins pour la population.

Dès lors, il est important de se rappeler que face à des logiques politiques et économiques qui organisent collectivement la précarité et face au sentiment d’impuissance qui s’immisce insidieusement dans nos esprits, seule l’organisation collective peut espérer renverser cette structure. À cet effet, il est essentiel de tisser des liens forts et de confiance entre les militant·e·s et entre les associations étudiantes, de renforcer l’organisation politique sur nos campus et d’encourager les actes de résistance et la critique de nos administrations et du pouvoir en place. Ce sont des composantes essentielles de la lutte. 

Dans cette perspective, la CRUES appelle à poursuivre et à élargir la mobilisation. Ce 1er mai, choisissons la résistance et la solidarité et luttons vers la grève sociale. Retrouvons-nous dans la rue et rejoignez le contingent de la CRUES à la manifestation commune du 1er mai. Faisons de cette journée un point d’ancrage pour les luttes à venir. Encore une fois, la lutte étudiante continue et elle ne fait que grandir.