
« À toutes les Québécoises et tous les Québécois, [ma femme] et moi vous souhaitons joyeux Noël🎄! »
C’est en ces termes que s’exprime François Legault, Premier ministre du soi-disant Québec, à peine plus d’un mois après que son gouvernement a déposé le projet de Loi sur le renforcement de la laïcité au Québec.
Déjà en 2019, la Coalition avenir Québec (CAQ) adopte sous bâillon lors de son premier mandat la Loi sur la laïcité de l’État (Loi sur la laïcité), autrement connue comme le Projet de loi 21. Réélue par la suite, la CAQ avait promis « régler la question de la laïcité de l’État ». Contrairement à leur promesse de réforme du mode de scrutin, attendu encore aujourd’hui, le gouvernement a multiplié les initiatives en matière de laïcité, notamment avec le dépôt du projet de Loi constitutionnelle de 2025 sur le Québec.
Souhaits de Noël et renforcement de la laïcité, il devient alors évident que la question de la laïcité de l’État se heurte à une contradiction fondamentale.
Autrefois, la laïcité était comprise comme une prise de position visant à limiter l’influence de l’Église catholique romaine (Église) sur l’État et les institutions publiques. Avant même la naissance de nos parents, l’Église exerçait une influence considérable sur la société québécoise. Elle ne se limitait pas à l’administration des paroisses; elle contrôlait les écoles, les hôpitaux, plusieurs journaux ainsi qu’une grande partie des loisirs. Avec la Révolution tranquille, l’influence de l’Église s’est progressivement réduite. L’État s’est séparé de l’Église et les institutions publiques sont devenues laïques. À ce moment-là, la laïcité servait à protéger l’État contre l’influence de l’Église.
Maintenant, alors que le gouvernement multiplie les projets de loi visant à renforcer la laïcité, on est en droit de se demander : où est la menace ? La menace que la CAQ brandit a peu à voir avec le contrôle religieux d’institutions étatiques et ressemble davantage à un épouvantail, à une peur de l’étranger, à de l’islamophobie. La laïcité est devenue un instrument de contrôle, un cri de ralliement pour la répression d’individus plus qu’un principe de neutralité étatique.
Aujourd’hui, la laïcité ne sert plus à protéger l’État de l’ingérence religieuse; elle est devenue un instrument de contrôle. Une loi censée garantir la « neutralité de l’État », comme la Loi sur la laïcité, régule désormais les corps, les apparences et les pratiques personnelles, tout en laissant intact l’héritage catholique dominant. Les effets de ses lois ne sont pas seulement symboliques. Elles ont des conséquences concrètes sur l’accès à l’emploi, à l’éducation et à la participation sociale de certaines communautés immigrantes et racialisées[1], renforçant à leur égard des préjugés qui alimentent de nombreux actes racistes et haineux.
Quand le gouvernement tente d’interdire les prières de rues, il criminalise les personnes musulmanes, mais aussi juives. Allons-nous interdire l’annuel défilé du père Noël? Rappelons que Noël célèbre la naissance de Jésus, fils de Dieu. Ce n’est pas une fête laïque, mais une fête catholique.
En se penchant sur l’histoire du soi-disant Québec, on ne peut faire fi du lien étroit entre la population canadienne-française et la religion catholique. Cette identité historique reste ainsi « imprégnée dans la culture » québécoise comme le souligne Frédéric Castel, spécialiste des religions et chargé de cours en sciences des religions à l’UQAM, dans une chronique publiée dans Le Devoir en 2024.
Dès lors, il faut nous questionner. Peut-on réellement prétendre défendre la neutralité de l’État tout en interdisant certaines expressions religieuses et en laissant perdurer les traditions catholiques dans l’espace public ? Pourquoi Maria Carrey peut chanter à tue-tête « All I want for Christmas is you… » dans les magasins alors que nos professeur·es ne peuvent pas se couvrir les cheveux?
Il ne s’agit pas de rejeter la laïcité, mais d’en reconnaître les dérives actuelles et son instrumentalisation* et de chercher un véritable équilibre. Appelons un chat un chat; ce que le gouvernement du soi-disant Québec défend aujourd’hui n’est pas de la laïcité, mais de la catholaïcité…
Je propose donc une reformulation du Projet de loi 21 :
« Loi sur la [catho]laïcité de l’État […]
CONSIDÉRANT qu’il est important de consacrer le caractère prépondérant de la [catho]laïcité de l’État dans l’ordre juridique québécois; […]
1. L’État du [soi-disant] Québec est [de religion catholique]. »