Prendre action après 40 ans d’austérité

Parmi les personnes étudiantes, une personne sur trois subit de l’insécurité alimentaire. Il est impossible pour plusieurs de se loger. Celleux qui réussissent, tant bien que mal, à joindre les deux bouts le font souvent en s’endettant pour des années. Le choix d’étudier, de vouloir apprendre, c’est maintenant le choix d’être précaire.

Tout ça sans compter celleux qui ne peuvent pas accéder aux études, peut-être parce que le loyer est trop cher, qu’iels n’ont pas accès à l’Aide Financière aux Études ou que le programme qui les intéresse ne se donne pas dans une région où ils ont les moyens de vivre. Quand étudier nous rend plus précaires, il y a des personnes déjà précaires qui ne peuvent pas étudier

Dans les deux dernières années, la CAQ a rajouté une nouvelle dimension aux attaques à l’éducation : le gouvernement s’est ingéré à répétition dans ce qui est enseigné, ce qui peut être discuté et comment on le discute. Le ministère de l’Éducation supérieure est intervenu pour restreindre les discussions sur la Palestine sur les campus, dans une volonté claire de censure politique. Au cégep de Dawson, par exemple, le Ministère de l’Enseignement supérieur est intervenu sur le contenu d’un cours de français qui avait comme thématique l’appartenance palestinienne.

S’appauvrir pour étudier dans un système qui sert de propagande, c’est inacceptable.

Nous avons, collectivement, les moyens d’avoir un système d’éducation libre, accessible et de qualité, et ce, du primaire jusqu’à l’université. Depuis au moins 40 ans, des coupures répétées dans nos services publics ont érodé ce projet. Ces mesures austéritaires, des coupures aux hausses des frais de scolarité en passant par la stagnation des bourses, sont le résultat du refus de gouvernement après gouvernement de faire payer aux riches leur juste part. Que ça soit la CAQ, le Parti Québécois ou le Parti Libéral, tous les gouvernements depuis les années 80 ont joué leurs rôles dans l’affaiblissement du droit à l’éducation. Et face à chacun, se sont tenus des étudiantes et des étudiants qui refusent de voir le gouvernement abandonner leur éducation.

Aujourd’hui, la situation est critique. Il ne suffit pas de défendre le statu quo. Pour que tout le monde puisse vivre dignement pendant qu’iels sont aux études et pour que tous celleux qui le souhaitent puissent étudier, il faut des changements structurels majeurs. Un réinvestissement massif en enseignement postsecondaire est nécessaire pour que l’éducation soit source d’apprentissage et de savoirs émancipateurs, et non simplement de diplômes carriéristes et de dettes. Ça implique une réforme de l’Aide Financière aux Études, une réduction des frais de scolarité, une vraie liberté académique et un financement qui permet une éducation de qualité.

Si tous les partis qui ont été au pouvoir depuis 40 ans ont participé au pillage, c’est que la solution ne viendra pas d’une élection. Nous devons agir et faire pression sur le gouvernement afin de le forcer à changer de direction pour répondre à nos revendications.

L’automne dernier, des milliers de personnes étudiantes étaient en grève le 7 novembre pour s’opposer à l’abandon de l’enseignement postsecondaire. Cette mobilisation était un bon coup d’envoi, mais elle n’a pas encore suffi à forcer le gouvernement à prendre les actions nécessaires. Il faut donc augmenter la pression.

Pour créer une pression réelle à travers l’action collective, les personnes étudiantes doivent arrêter de jouer passivement leur rôle. Refusons la paix sociale, faisons la grève. La grève, c’est arrêter d’étudier pour s’investir politiquement dans une cause. C’est une perturbation économique et sociale, une opportunité d’organiser manifestation, occupation et perturbation et un moment de réflexion collective. Après la mobilisation du 7 novembre, pour que nos grèves soient plus que symboliques et ne puissent pas être ignorées, nous devons continuer d’escalader nos moyens de pression. Cette escalade culminerait, si nous n’obtenons pas gain de cause, en une grève générale illimitée, donc en une menace de ne pas graduer. Cette menace est si forte que, dans la dizaine de grèves générales que le mouvement étudiant québécois a connues depuis les années 70, les grévistes ont toujours fini par graduer une fois la grève conclue. C’est pourquoi la CRUES appelle à une semaine de grève du 23 au 27 mars 2026. Arrêtons de rester simplement témoins de l’abandon du droit à une éducation libre, de qualité et accessible. Arrêtons d’accepter d’être précarisé·e·s pour notre volonté d’apprendre. Emboitons le pas à des centaines de milliers de personnes étudiantes qui se sont battus pour leur éducation et pour la nôtre. La grève doit s’élargir et s’allonger. Que ce soit dans la rue, dans vos cours, dans vos assemblées générales, le temps est venu de rejoindre la vague.